Albane Roux Peintre plasticienne

                                                                                                                                   Isabelle DEPAIRE, Conseillère pédagogique départementale en Arts Visuels,  IA 33

 

Introduction à l’exposition d’Albane ROUX : « Matières et fragments pour cacher/montrer »

                                    Mairie d’Andernos/Médiathèque du Broustic (mars 2007)

 

Quelques clés pour mieux entrer dans les œuvres d’Albane ROUX  ou 

                                                                                             ...  pourquoi son travail nous intéresse à l’école 

 

A travers les œuvres présentées, on va pouvoir extraire 4 problématiques qui parcourent le travail de cette plasticienne depuis un certain temps mais qui s’expriment particulièrement dans ses productions récentes :

 

L’éclatement/la fragmentation

·         c’est à la fois un résultat visuel, celui auquel le spectateur est d’emblée confronté, un effet kaléidoscope

·         une démarche, un processus, une façon de construire l’œuvre

·         une recherche d’absolu pour reconstituer le tout ; une tentative pour traduire la complexité de la société, la  multidimensionnalité du monde actuel,  son emballement,  sa surconsommation, son chaos…

« Contre l’ennui, les morceaux ! » Albane dit volontiers qu’elle s’ennuie à peindre des «choses trop lisses», un paysage «comme il faut » ; il lui faut de la perturbation et un peu de chaos qu’elle trouve dans les divers procédés de fragmentation qu’elle explore : fragments d’images anciennes, fragments de matières diverses, papiers déchirés, mais aussi éclatement de la forme, déstructuration de l’espace, orientations diverses du geste pictural, fractalisation de la lumière. Il est clair qu’elle ne s’élèvera pas contre la « fracture picturale » !

 

La peau/l’enveloppe

·         sur le plan plastique à les teintes roses (qu’elle emprunte au Titien)

                                        à les transparences

                                        à les lambeaux

·         sur le plan symbolique ; c’est une façon d’ « incarner » la peinture, de lui donner chair, de faire corps avec elle ; en assimilant la peinture à la peau, Albane se dote de capteurs et de boucliers supplémentaires car  la peau, enveloppe corporelle, c’est à la fois fait pour être au monde, le sentir, le recevoir mais aussi s’en protéger, faire barrière, s’isoler

·         sur le plan physique puisque dans ses dernières œuvres, cette plasticienne utilise sans modération la colle de peau de lapin,  un médium qui donne lumière et transparence à sa peinture

 

Le jeu de « Cache-cache »…entre pudeur et exhibition, entre cacher et montrer, masquer et révéler ; la peinture comme tentation permanente…

·         d’aller à la rencontre des autres, de s’offrir, de donner à voir de soi et du monde, de faire partager des choses intimes et universelles

·         mais aussi…de se dissimuler, de se voiler la face, de se replier sur soi et sur la matière salvatrice, de transformer la réalité de la vie

·         …et un sentiment d’excitation, de vertige qu’Albane retire de ce pouvoir qu’elle a de basculer sans cesse entre cacher/montrer, de s’extraire du monde et y revenir -comme au bon temps des jeux de cache-cache de l’enfance- bref, le sentiment d’un bonus de liberté

 

Le temps

·         dans sa dimension historique, puisqu’ Albane puise son inspiration dans les heures qu’elle passe à chiner des photos anciennes qu’elle va ensuite intégrer à ses peintures en s’intéressant aux réactions chimiques que ses matériaux vont faire subir à cette « vieille peau » de papier argentique, jusqu’à parfois dissimuler totalement le motif photographié ou n’en garder qu’un mystérieux élément (un œil, une perle…) ; intervenir sur ces supports anciens -mettant en scène des personnages, des familles inconnus- lui permet aussi un voyage dans le temps,

·         dans sa dimension météorologique, puisque l’artiste offre souvent ses productions aux assauts du climat, en les installant quelques temps à l’extérieur pour capturer des transformations  imprévisibles de la matière

 

A travers ces 4 problématiques, on perçoit un peu mieux en quoi son art est pour Albane ROUX une façon harmonieuse d’être au monde, en quoi l’acte créateur est pour elle une nécessité d’existence. Son besoin de laisser des traces avec des constituants organiques minéraux ou végétaux est ce qui la relie à la lignée des artistes qui, depuis les peintures pariétales, ont fait l’histoire de l’art. Une permanence qui nous fait du bien car, parmi le chaos et l’emballement du monde actuel, elle nous renvoie aux fondamentaux de ce qui fait l’humain.

Avec les élèves on va donc pouvoir interroger les procédés plastiques de ces œuvres singulières mais on va pouvoir aussi s’intéresser au pourquoi de l’acte créateur et aux questions sur l’art en général. Si Albane est là pendant la visite, elle pourra porter témoignage de la place de l’art dans sa vie.

Si l’enseignant est seul pendant la visite de l’expo, je lui conseille de s’appuyer sur cette courte introduction , sur son ressenti personnel et sur celui de ses élèves ainsi que et sur la fiche pédagogique qui suit pour une exploitation avant, pendant et après la visite.

 

 

                           Expo Albane ROUX « Matières et fragments pour cacher/montrer » (mars 2007)

                                                     Mairie d’Andernos – Médiathèque du Broustic

                                                  Propositions pédagogiques autour de l’exposition

OBJECTIFS

ACTIVITES

1 / Sensibilisation : Avant la visite

Pour préparer l’exposition

Se préparer à la visite : s’interroger à plusieurs sur ce que l’on va voir ; se créer un « horizon d’attente » ! Faire des hypothèses : « Moi, je crois que dans l’exposition, on va voir… » ;

« En général, dans les expos, il y a… « La dernière fois, on avait vu…»

Introduire la notion de « peinture abstraite » par rapport à « peinture figurative » ; il y a des tableaux qui représentent la réalité (réactiver les connaissances sur des œuvres connues des élèves) et d’autres qui ne sont pas là pour ça, dans lesquels, on ne reconnaîtra pas forcément des éléments de la réalité (montrer exemples : Kandinsky, Miro, Tapies, Schnabel , Karel Appel, Soulages…)

Pour certains élèves qui ont déjà travaillé avec Albane au cours d’ateliers scolaires, ce sera le moment de réactiver le souvenir de cette artiste dans leur mémoire : « Ah oui, celle avec qui on avait fait… » « Et moi, je me souviens qu’elle avait… »

2 /  Découverte / Questionnement : Pendant la visite

Analyser, choisir, se souvenir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Questionner et tirer parti de cette première approche

Retrouver dans l’expo des éléments que l’enseignant aura -s’il en a le temps- préalablement isolés et reproduits sur des cartes plastifiées (chasse aux indices)

Faire des relevés des éléments significatifs de l’expo (des petits dessins sur le carnet de croquis, des photos numériques)

Faire des photos en gros plan de certains éléments pour jouer en classe à la photo mystère

Trouver du plaisir dans le va-et-vient d’une œuvre à l’autre

Retrouver des points communs entre différentes œuvres  (couleurs, transparences, traces du geste -grattage, arrachage, balayage au pinceau- collage, formes, matière, …)

A la fin de l’expo, se choisir une peinture préférée ; prendre le temps de revenir la voir très intensément pour en garder un souvenir fort et être capable d’en parler en classe

 

Repérer des procédés plastiques constitutifs de l’œuvre de cette artiste : certaines couleurs qui se retrouvent d’une œuvre à l’autre, le caractère fragmenté de la composition, comme un kaléidoscope, les jeux de lumière entre les zones foncées et les zones plus claires, les transparences et les superpositions, les traces qui viennent comme agresser la matière, la forme qui ne naît pas du trait mais de la matière elle-même, de morceaux de matière, de la lumière, l’apparition furtive d’éléments figuratifs présents dans le support ancien (vieilles photos argentiques chinées : visages, yeux, perles, bijoux)

Commencer à comprendre comment sont faites les œuvres d’Albane ROUX

Se questionner devant le coin-atelier (s’il y en a un !) : à partir des matériaux bruts, des outils…déduire les gestes, les actions, les résultats (Moi je crois que ça sert à …que ça fait …que ça s’appelle un…)

3 / Approfondissement : Après la visite

 

Affiner son regard

Dire ce que l’on a ressenti en s’appuyant sur le matériau rapporté de l’expo (croquis, listes, photos imprimées et agrandies) - Est-ce ce à quoi on s’attendait ?

Dire ce que l’on a compris :  Essayer d’expliquer comment Albane fait ses peintures ; être capable de dire ce qui nous le montrait dans l’expo (justifier son point de vue)

Apport culturel

Observer des reproductions de peintures de différentes époques utilisant divers matériaux ; les comparer, parler des différences et des ressemblances ; faire des regroupements en fonction des matériaux, des styles, de certains détails, de ce que ça nous inspire…

Collectionner : Faire une collection d’images qui jouent aussi à cacher/montrer (des visages à moitié cachés par des voiles, des trames dans les publicités pour les cosmétiques, par exemple…) ; faire une collection d’images où la composition est éclatée ; faire une collection d’images qui utilisent des fragments d’autres images (le courant des décollagistes : Jacques Villeglé, Raymond Hains, le pop-art avec Rauschenberg) ou des fragments de matières (mosaïques romaines, les dadaïstes dont Kurt Schwitters…) ; faire une collection d’images où la peau joue un rôle important (peintures de nus du quattrocento, œuvres de Bacon, photos…)

Connaître des procédures techniques : faire des recherches sur les matériaux, les procédures, les étapes du travail d’un peintre matiériste comme Albane (à partir du nom des matériaux qu’elle utilise : cire d’abeille, carnauba, colle de peau de lapin, goudron, pigments naturels pour les couleurs…) ; chercher d’ou viennent les craquelures, les effets de transparences, les noirs intenses

Savoir reconnaître une photo ancienne (sur papier « argentique »à expliquer le terme ; en noir (pas vraiment noir, un peu brun) et blanc (pas vraiment blanc, un peu beige) ; lumière spécifique ; poses travaillées ; sujets stéréotypées ; vêtements et parures surannés

 


 

Créer

Eclater : choisir une image, la déchirer en 5 morceaux ; la réinstaller sur un support plus grand en dispersant les morceaux ; travailler la liaison des morceaux et les raccords d’image par le dessin, le graphisme, le frottage avec des craies, du pastel, du fusain, des mines en graphite, des marqueurs…

Fusionner 2 images différentes après les avoir déchirées ; combiner les morceaux pour recomposer une nouvelle image ; faire plusieurs essais en utilisant de la colle repositionnable ; fixer la composition que l’on préfère

Tisser plusieurs images entre elles sur le principe de la trame et de la chaîne ; partir de bandes d’images découpées ou soigneusement déchirées dans du papier revue ; constituer une trame en alignant les bandes verticalement et parallèlement et en collant leurs extrémités sans trop tendre les bandes ; insérer ensuite horizontalement les autres bandes en passant dessus-dessous. Ces treillis ainsi réalisés peuvent être des compositions à eux-seuls ou constituer du matériau plastique destiné à être intégrés à des compositions plus grandes ; on peut jouer à insérer des matériaux intrus dans le tissage (cartons divers, rubans, végétaux, raphia…)

Cloisonner le support : encoller du papier kraft beige ou du papier journal sur un carton assez rigide à l’aide colle à papier peint ; tant que la colle est bien humide, façonner des plis, des reliefs, créer des zones ; travailler ensuite le support accidenté à la peinture, en caressant les crêtes du papier, en s’insinuant dans les plis, en faisant ressortir certaines parcelles, en mettant en valeur certains mots ou caractères graphiques si c’est du papier journal

Fragmenter une vieille peinture à soi ou une photocopie d’une reproduction de tableau ; réaliser une nouvelle composition plastique en intégrant les morceaux du tableau dans un collage matiériste (avec papier calque, de soie, journal, sopalin, papier cadeau, papier peint, tissu, mousseline, gaze, aluminium, carton ondulé, jute, copeaux de bois, brindilles…) ; utiliser ensuite la peinture pour unifier l’ensemble ou rehausser certains endroits

Cacher/montrer  à partir de sa photo d’identité agrandie et photocopiée 6 fois en format A5 ou A4, expérimenter différentes solutions pour cacher/montrer son visage à l’aide de matériaux divers (calque, diverses trames : filet de citrons, de patates, trames plastiques sur les barquettes de mandarines, grillage fin, gaze, plumes, sparadrap, rabane, papiers de soie…) ; sur chaque image masquer ou révéler plus ou moins certaines parties du visage ; coller les éléments des compositions que l’on veut garder ; installer les 6 images en série de la façon de son choix (voir la série d’Andy Warhol sur Mike Jagger)

Superposer/arracher 3 images choisies dans une revue ; les coller l’une sur l’autre avec seulement quelques points de colle ; faire apparaître de façon aléatoire certaines parties des autres images par déchirage (incision initiale au cutter pour dégager un petit morceau à attraper pour tirer) comme les artistes décollagistes : Jacques Villeglé, Raymond Hains, Rotella)

Jouer avec l’épaisseur de la peinture : réaliser une composition plastique sur un support en carton en faisant se rencontrer des  zones de peinture de diverses textures : de la plus liquide et transparente (effet aquarelle) à la plus épaisse (celle à laquelle on aura ajouté de la poudre d’enduit à l’eau, de la sciure, du sable, de la terre, de la vase du Bassin, des coquilles d’œufs brisées…) que l’on appliquera au pinceau, à la brosse mais aussi à la spatule, à la raclette, au couteau à peindre ; que l’on lissera, gravera ou griffera (avec peignes, fourchettes, bâtonnet de bois, éponge…)

Donner du relief et de la transparence à une peinture déjà réalisée par le recouvrement par une feuille de papier cellophane transparente ou de couleur que l’on va froisser, plisser (et fixer en la repliant sur les bords à l’aide de colle ou d’agrafes)

Valoriser les réalisations : en les fixant par la photo (sous divers angles de vue, avec un éclairage adéquat…) ; en les présentant avec un petit texte (CE1 et cycle 3)

4 / Appropriation - réinvestissement

Transférer

 Retrouver dans les œuvres d’autres artistes des procédés plastiques déjà identifiés sur les œuvres de l’expo et en isoler d’autres. En tirer parti pour de nouvelles réalisations

 

Evaluer, apprécier

Analyser ses propres productions et celles des copains ; rendre compte des démarches, des techniques mises en œuvre ; justifier les choix de présentation ; correspondent-ils aux intentions de départ ? Les envisager en référence aux œuvres d’Albane Roux et à sa démarche. A-t-on fait comme Albane ou chemin faisant, a-t-on découvert d’autres possibilités, d’autres solutions ? A-t-on eu d’autres envies ?

Elargir

Elargir la fréquentation des œuvres à d’autres artistes qui ont voulu mêler à leur peinture d’autres matériaux (minéraux, métalliques, végétaux, rebuts…)à En tirer de nouvelles pistes de productions

…à d’autres artistes qui ont basé leur œuvre sur la mise en scène du fragment, comme Tony Cragg (« Palette »), par exemple

Elargir à d’autres domaines artistiques qui se sont intéressés au vêtement et à la peau, comme le stylisme ; observer plusieurs modèles lors d’un défilé de mode (photos dans revues féminines ou vidéo), regarder comment les vêtements sont conçus à la fois pour cacher le corps et mieux le montrer ; observer les plis, les drapés, les pièces de tissu, les effets de patchwork, les attaches, …

 

                                     

Fiche rédigée par Isabelle DEPAIRE, Conseillère pédagogique départementale en Arts Visuels, IA 33, le 25 mars 2007

Démarche picturale | "Pourquoi le travail d’Albane ROUX nous intéresse à l’école"

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